T’oublier pour lui … Déjà.

Il m’arrive de ne pas être la meilleure conjointe et je l’assume. J’assume que ma tête peut prendre trop de place dans notre quotidien, dans les décisions et dans notre vie. J’ai toujours cru que j’allais être capable d’être femme et maman, que j’étais capable de travailler pour que notre couple reste un couple et que l’on ne soit pas tout simplement « des parents ». J’avais tort. J’ai réalisé assez rapidement que je ne pouvais prévoir ma réaction en lien avec l’arrivée de bébé. Je ne pouvais pas prévoir ma réaction envers nous.
J’ai ce fâcheux réflexe de me refermer sur moi-même quand quelque chose ne va pas. Pour plusieurs raisons, mon cerveau a besoin de se déconnecter de mon corps et de mon environnement : le stress et l’anxiété en sont les principales causes, en général. Pour éviter d’abimer le bonheur et la tranquillité d’esprit de mes proches, pour ne pas les inquiéter avec mes angoisses qui sont, souvent, un peu démesurées. Un instinct protecteur, peut-être ou un instinct destructeur envers moi-même? Il n’en reste pas moins que la nouvelle concernant l’arrivée de notre premier bébé, un peu plus tôt que prévu, a créé de l’angoisse et une tonne de questionnements en moi. Ma tête roulait constamment, jour et nuit, à essayer de tout organiser et tout prévoir. Cette fois-ci, je ne me suis pas refermé : au contraire, je me permettais de dire tout haut à mon conjoint ce qui m’inquiétait, puisque nous étions deux. Nous étions deux dans ces préparations, deux à aimer déjà ce minuscule petit être qui poussait dans mon ventre. Nous étions deux, pour la majorité des facettes, mais il y avait bien une chose que nous ne pouvions vivre, physiologiquement, de la même façon : l’instinct maternel, la connexion de la mère avec son bébé. Là, je me suis refermée, je me suis éloignée. À ce moment-là, à l’instant même où cette connexion s’est faite dans mon esprit, j’ai eu le réflexe de ne vivre que pour lui.

J’ai oublié le nous dès les premières semaines de grossesse et ça, c’est ce qui m’a fait peur. Il était difficile pour moi de le décrire, je ne pouvais expliquer de façon claire à mon conjoint ma façon d’agir. Tout à coup, je me sentais seule, même si je savais qu’il était bien là et qu’il m’épaulait à chaque petite seconde : il m’accompagnait à mes rendez-vous médicaux, mes nombreuses prises de sang et le moindre petit achat en lien avec la maternité. Il me soutenait, me donnait toute son attention et m’aimait probablement comme il ne l’avait jamais fait. J’étais reconnaissante et je l’aimais encore plus qu’avant, mais pourtant, j’étais loin. J’étais loin dans mon esprit, dans mon corps, j’étais seule avec mon bébé. Cette sensation était inexplicable. Autant j’avais l’impression que tout était abstrait puisque je ne l’avais pas encore vu, ni même encore senti, autant je n’avais que d’amour à donner à ce bébé. Je voulais le protéger, je voulais lui donner tout ce dont il avait besoin pour bien grandir, pour qu’il pousse en se sentant aimé et désiré. J’écoutais ce que mon corps me demandait, essayant de respecter les divers symptômes comme si c’étaient des messages envoyés par le petit. J’étais extrêmement fatiguée, prise en plus de nausées et de cet important dérèglement hormonal comme la majorité des mamans au premier trimestre. Le peu d’énergie qu’il me restait, je le prenais pour travailler et pour couvrir, protéger, mon bébé. Je n’investissais plus mon énergie dans mon couple. Je devenais ce que je refusais d’être : une maman seulement, adieu la conjointe.
Cela a duré quelques semaines. Je remarquais vite que je m’étais éloignée de mon copain, qu’on n’avait que très peu de moments à deux, très peu d’intimité. J’oubliais parfois même de l’embrasser en arrivant du travail, une habitude que l’on avait depuis le début. J’ai paniqué. J’ai eu peur que ce soit notre nouvelle relation, par ma faute. J’avais tellement lu d’histoires de conjoints qui s’éloignaient et n’étaient plus attirés par leur femme parce qu’elle était enceinte et j’en avais eu si peur, mais voilà que c’était moi, qui faisait vivre cette situation à mon homme. Je ne pouvais lui expliquer ma réaction et mes agissements. Ça ne s’expliquait pas, mais je me suis parlée. Je me suis rappelée de la relation que je voulais, que l’on soit ce couple amoureux qui prépare l’arrivée de son premier bébé, ce couple qui s’aimerait encore plus avec la présence de notre petit amour.

Source : 66.media.tumblr.com
Il m’arrive encore parfois d’être une mauvaise conjointe. J’ai tendance à me refermer encore ou à laisser mon angoisse prendre le dessus, mais je ne vis plus la protection de ce bébé seule. Nous sommes un Nous et nous sommes aussi de futurs parents qui attendons avec impatience l’arrivée de notre petit garçon. Nous nous préparons à l’éventualité que le Nous devra parfois prendre une pause avec l’arrivée de bébé, mais je sais, pour l’avoir vécu, déjà, que je ne veux plus l’oublier pour notre fils, car s’il sera bientôt parmi nous, c’est bien parce que l’on s’aime et que l’on forme un Nous…


















Commentaires